dimanche 8 février 2026

Ma vie comme une rivière

 

Je vis à quelques minutes de marche de ma rivière Chaudière. Depuis des décennies elle en a donné des sueurs froides à ses personnes résidentes limitrophes : débâcles, inondations, expropriations, dégâts multiples, etc. Même la vierge Marie n’a pu empêcher l’expropriation de nombreuses maisons totalement inondées et rendues inutilisables dans la belle ville de Sainte-Marie. Même le Tim Horton de Beauceville malgré son muret l’entourant a été victime de cette eau tumultueuse plusieurs fois. Plusieurs villes adjacentes y ont goûté également.

Quel lien le bipède que je suis fait avec ma rivière? Cette rivière décrit bien ce qu’est ma vie et probablement la vôtre. Pendant de longs moments on vit heureux et admiratif de notre vie. Tout va bien. On mange, on boit, on dort, on a une famille aimante, des amis, un travail. Bref tout roule sur les roulettes.

Mais certains jours la rivière de notre vie fait des siennes. Dans mon cas, ce fut à trente ans de ma vie une extirpation d’une vie illusoire inventée à partir d’un symbolisme religieux décadent qui perdure encore en ce siècle-ci. Après avoir ruminé et mâchouillé ma vie antérieure l’évidence m’éclata en pleine face. Il faillait m’extirper de cette illusion.

Je fondai une famille. Tout était mis en place pour une vie familiale heureuse : une épouse adorable, deux beaux garçons et une adorable fille. Mais la rivière me réservait une surprise, un obstacle, une déviation évidente. L’un de mes fils vit une déficience intellectuelle. Il ne fonctionne pas comme le commun des mortels que nous sommes. Il est différent tout simplement vivant sa quotidienneté selon ses propres barèmes, mais le système scolaire ne l’entendait pas ainsi. Il fallait qu’il se moule dans la soi-disant normalité. Alors le bipède que je suis étant moi-même enseignant a dû se battre contre mon propre système scolaire.

Ma rivière me réservait une autre surprise majeure : la perte de mon épouse adorée. Une mort rapide où je n’ai pu lui confier à l’oreille tout l’amour que j’avais pour elle, sauf lui réciter des poèmes alors qu’elle était dans le coma. J’ai dû me rendre à l’évidence que si j’étais encore en vie, mon odyssée terrestre n’était pas terminée et que j’avais encore quelque chose à vivre dans cette terrestre contrée.

Bref pourquoi toutes ces confidences? C’est que je dois comprendre que l’intégration, le passage d’une vie conformiste à une autre façon d’intégrer passe par ces différents chaos existentiels pour découvrir l’être véritable que je suis. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. C’est ce que je vis présentement alors que je suis l’aidant naturel de mon fils atteint d’un cancer.

lundi 2 février 2026

Voir sa réalité autrement

 

Je commence par une citation de Spinoza. «Ce n’est pas parce qu’une chose n’est pas acceptée par le plus grand nombre qu’elle n’en est pas moins vraie.» Je pense qu’on est rendu à un âge où il faut faire du ménage dans nos croyances. Je ne veux pas limiter ce ménage uniquement par rapport aux religions. Je fais référence à tout ce qu’on nous a mis dans la tête dès notre naissance.

 Je ne suis pas le seul à être témoin de ce qui se passe partout dans le monde. J’ai une amie qui en est vraiment perturbée. J’ai beau lui dire qu’elle n’a pas à se sentir obligée de vouloir sauver la planète. Personnellement je veux m’attarder à ce que je peux contrôler dans ma cour. J’en ai déjà plein les bras avec ce cheminement vers la conscience. Je suis actuellement le proche aidant de mon fils qui a le cancer. Je me dis que si l’octogénaire que je suis est encore en vie, c’est qu’il doit servir encore à quelque chose.

 On n’arrive pas à un certain degré de conscience sans un long cheminement. Ce fut mon cas. Dès ma naissance j’étais destiné à la prêtrise, désir ardent de ma mère. J’ai vécu huit ans dans une institution dont le but premier était de développer des vocations religieuses. Leur but fut atteint, car lors de ma prise de ruban il y a eu un jésuite (moi-même), un dominicain, un trappiste, des prêtres des missions étrangères et quelques futurs prêtres diocésains. La plupart n’ont pas donné suite à ces vocations.

 Nous sommes formatés par les valeurs collectives. L’individu prend pour acquis ce qui a été pensé par d’autres. Les grandes questions existentielles sont pour lui des mystères. Il ne sait pas d’où il vient, où il est et où il ira. Il considère la mort comme une finalité. Il s’est forgé des dieux pour expliquer l’inexplicable. Il s’attribue la pensée comme sienne. Il se pense maître de son destin alors qu’il est tout simplement manipulé.

 Pendant ces temps incertains que nous vivons, il est d’une extrême importance de développer une très grande centricité. Cela revient à développer une conscience critique pour ne pas se faire emberlificoter par qui ce soit. Je sais que c’est une solution facile de se réfugier, de se perdre dans le courant, dans la saveur actuelle qui nous évite de penser et de tout remettre en question.

 Je termine ce texte en nous disant de prendre conscience qu’il y a en chacun de nous cet esprit, cette lumière qui devrait nous aider à voir plus clair.