samedi 29 novembre 2025

Cochonnerie

 

Cochonnerie

Conte débridé de Noël


Quelques jours avant Noël un massacre se préparait entre la maison et l’étable. J’étais un jeune enfant à l’époque et surtout très sensible. Un rien trahissait mes émotions. Je n’étais vraiment pas fait pour une future carrière militaire. Ma mère voulait plutôt faire de moi un futur curé. Probablement qu'elle avait mesuré toute l’étendue de ma naïveté. J’étais son candidat manipulable idéal pour réaliser son saint rêve. 

Mais revenons à notre histoire de cochon. Il fallait bien nourrir cette famille de dix enfants. Le cochon était la victime à immoler pour répondre à ce besoin vital évident. Il y avait bien pendant l’hiver le meurtre d’un veau gardé précieusement depuis le printemps précédent pour nous sustenter pour le reste de l’hiver. L’abattage de ce veau me donne encore des sueurs froides au dos. Mon père prenait le talon de sa hache en fer pour le tuer. Un coup sec le faisait tomber à genoux et un second faisait le reste. 

Mais revenons à notre histoire de cochon. Mon père était incapable de lui viser le cœur avec un couteau. Alors il faisait venir du village Paul Caron un expert en la matière. Adroitement il lui transperçait le cœur pendant que ma mère avec sa poêle recueillait le précieux sang servant à faire du boudin. Après avoir cuit ce sang avec les assaisonnements nécessaires, elle insérait habilement le tout dans les intestins du cochon. 

Mais le pire restait à venir : voir le cochon suspendu à une échelle pour mieux le dépecer. Quelle funeste fin pour cet être que j’aimais le plus à la ferme. J’aimais l’entendre grogner. Je lui donnais des pommes, des morceaux de citrouilles, des pelures de patates. Il avalait le tout et d’un coup de tête semblait me remercier. Évidement il trônait sur la table lors des repas des fêtes, mais je ne pouvais empêcher certaines images de circuler dans ma tête alors que je le mangeais. 

J’ai toujours pensé que le cochon était traité injustement. On nous disait d’arrêter de manger comme des cochons, de boire comme un cochon, de ramasser nos cochonneries. Si on n’obéissait pas, on avait une tête de cochon. J’aurais aimé que ma mère place un cochon au lieu d’un bœuf près de la crèche du petit Jésus pour le réchauffer. 

 



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