La belle Juliette
Conte débridé de Noël
Le Noël suivant, celui de la perte de ma toupie, mon père revint en convalescence à la maison. Ma mère en plus de s’occuper de la maison du matin à très tard le soir devint l’infirmière qui s’occupait de la plaie laissée dans le rectum de mon père. Je la vois encore avec mes petits yeux d’un enfant de sept ans désinfecter méticuleusement la dite plaie.
Mon frère, l’aîné de la famille dut arrêter sa sixième année du primaire à l’école numéro sept du rang Sainte-Évelyne. Cette école recevait une vingtaine d’enfants de cultivateurs. Une truie, une sorte de poêle à deux ponts, réchauffait tant bien que mal la partie où étaient alignés les pupitres et l’autre partie qui servait de logis durant la semaine à notre maîtresse Thérèse Quirion.
C’est là que je me suis rendu jusqu’à ma septième année avec des maîtresses qui se succédaient. La dernière Bibiane Labrecque fut mise à la porte parce qu’elle gardait les «cruchons» après l’école. Les cultivateurs se révoltèrent et réclamèrent le renvoi de cette femme qui retardait leurs enfants pour accomplir les travaux à la ferme.
Faut
dire que l’année scolaire avait mal commencé. Une jeune institutrice d’à peine
dix-sept ans, la belle Juliette Bourque que le curé de la paroisse amenait
religieusement le lundi et qu’il ramenait tout aussi religieusement le vendredi
ne fit pas long feu. Elle n’avait pas les diplômes nécessaires pour enseigner
et craignait la visite annuelle de l’inspecteur Pagé qui aurait découvert le
tout.
Tard le soir, on cogna à la porte chez nous. Mon père dormait déjà et fut réveillé par la visite inattendue du curé qui venait implorer le paternel qui était commissaire de m’envoyer à l’école du village ainsi que Claude Quirion l’autre élève de septième année. Mon père entra dans une sainte et violente colère et indiqua au curé qu’il n’en était pas question, qu’il payait des taxes et ne pouvait envoyer son fils au village sans moyen de transport.
C’est
ainsi que ma belle jeune institutrice nous abandonna et fut remplacée plusieurs
semaines plus tard par cette sévère Bibiane que les cultivateurs expulsèrent
aussi. Mais je me suis égaré et j’ai sauté des années oubliant ainsi de
continuer à écrire sur le retour de mon père de l’hôpital. Inutile de vous dire
que ce Noël-là les cadeaux furent rares et pas question d’atteler le Negue pour
aller à la messe de minuit. Le retour de notre papa fut notre cadeau de Noël.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire